Historique

L’histoire d’un magasin pas comme les autres…

Laurent, skiman-vendeur et responsable de magasin de ski en station avait décidé de s’installer à Chambéry en 2013. Très manuel, amoureux de jardin et de montagne, mais en rupture avec le modèle consumériste et compétitif dominant, il souhaitait développer une activité en rapport avec ses idéaux . C’est ainsi qu’il a très modestement démarré l’entretien de skis dans sa cage d’escalier ! Inspiré et aidé par Tonton Livraison, il créa son auto-entreprise. Il proposa aussi la livraison de ski, à vélo, louant un local au cœur de Chambéry (Faubourg Montmélian) pour plus de commodité. Ce petit espace (20m2) lui servait non seulement d’atelier mais aussi de résidence avec sa compagne… C’est à cette époque que nous nous sommes rencontré au travers des réseaux associatifs et militants locaux. En 2014, redescendant de la Yaute (Chamonix…) avec l’idée de créer une ressourcerie, j’ai rapidement sympathisé avec lui.

Nous avons eu sensiblement le même parcours, avec chacun une dizaines d’années de travail en magasin de ski et une bonne expérience de la montagne dans (presque) toutes ses pratiques.

Ne pouvant plus habiter dans le magasin, le couple trouva un appartement à proximité, ce qui permit à Laurent fin 2014, en plus des services d’entretien et de livraison, de proposer de la vente de matériel d’occasion, et neuf (location, fins de série et invendus rachetés à des magasins). Cela augmenta légèrement le volume d’activité. C’est à ce moment que, chercheur d’emploi, j’ai commencé à travailler avec lui sous un statut de stagiaire. Ainsi, nous pouvions expérimenter un élargissement des plages d’ouverture et nous assurer de leur pertinence afin de répondre à une demande croissante.

Fin 2015, je devenais à mon tour auto-entrepreneur avec 2 activités distinctes mais complémentaires : skiman en sous traitance pour Laurent à Chambéry Ski Service et cycloporteur en sous traitance pour Tonton Livraison ou en direct pour d’autres clients (en particulier des collectivités territoriales) (voir : collectif des « cycloporteurs »).

L’hiver 2015-2016 nous montra que le local était trop petit pour satisfaire notre modeste croissance. Loin de vouloir créer une transnationale de la grande distribution, nous souhaitions nous implanter dans un local plus approprié tout en participant à la redynamisation du Faubourg, en tissant des liens entre les habitant-e-s et les commerçant-e-s et en créant de l’innovation sociale.
Parallèlement aux activités de services et de ventes, Laurent avait développer une activité artisanale de transformation de ski en mobilier « Mobiski » à partir de skis de récupérations. Grâce aux partenariats avec les « Chantiers Valoristes » et Emmaüs pour la collecte, nous pouvions donner une autre vie aux déchets du ski et aussi réduire leur facture de traitement pour la collectivité. Une petite partie de ces récup’ étant même revalorisée pour être revendue au magasin. Notre souhait était également de montrer qu’il n’est pas indispensable de posséder le matériel dernier cri à la mode pour être heureux… Quelle ambition dans un monde saturer par la course à la marchandise !

C’est aussi début 2016 que Biel, directeur de la compagnie de cirque Solfasirc nous a contacté pour récupérer des skis afin de créer des dômes géodésiques. Ainsi, avec Thomas, de la ferme Terre de Liens de La Mijote, et quelques autres nous avons créer le collectif « Géodeskis ».

 

Fin 2016, après quelques lenteurs administratives (…), nous pûmes emménager dans un local plus spacieux juste en face. Heureusement que la famille de Laurent et sa compagne vinrent aider à la mise en place du nouveaux magasin car les clefs nous furent données en plein démarrage de l’hiver… Pour le réassort du magasin, Laurent avait même complété l’achat de matériel lors de quelques ventes aux enchères… Entre cela et les magasins dont nous récupérions ce qu’ils ne voulaient plus, nous étions l’intermédiaire avant la mise en pâture numérique, l’oubli ou la déchetterie !

L’hiver 2017 permit de légitimer le nouveaux local. Néanmoins l’activité hivernale était encore insuffisante pour pouvoir payer le loyer à l’année. Parallèlement à la vente de matériel de montagne estivale, Laurent cherchait à diversifier ses activités, notamment avec Mobiski, mais cela restait très précaire.

En ce début d’Automne 2017, c’est avec quelques contrariétés biens pesantes et un moral très affaibli que nous commençâmes à préparer le magasin pour l’hiver à venir. Afin de se ressourcer, Laurent pris 2 semaines de congé en allant grimper au Maroc avec des copains. Il revint gonfler à bloc, mais cela n’était qu’apparence car son moral rechuta rapidement. Je voyais bien qu’il portait « tout le poids du monde sur ses épaules » et tentais de l’aider comme je pouvais. Malheureusement cela ne suffit pas… Laurent s’est suicidé le 2 novembre !

Comme de nombreuses personnes proches (et moins proches) je fus anéantis par cet événement. Quand une personne pétrie de valeurs humaine, comme Laurent l’était, choisit d’arrêter sa vie parce qu’il ne se sentait plus en capacité de faire vivre ses valeurs, c’est une véritable calamité, c’est toute l’humanité qui échoue !
La douleur fut personnellement mêlée de colère, une colère contre un monde capable de pousser des êtres sensibles dans l’abîme… Cette colère transpire aussi dans tout le cahier que Laurent a laissé pour tenter de s’expliquer. Il y écrit aussi souhaiter que je reprenne le magasin, si je veux/peux.

Soutenu par sa famille et de nombreux-ses ami-e-s, c’est ce que je tente maintenant de réaliser.

Pour Laurent et les valeurs qu’il tentait courageusement de porter,

Filip’

 

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